Apatura ilia ([Denis & Schiffermüller], 1775)

Le nom de Genre Apatura vient du grec Apatê, qui signifie « tromperie » ou « illusion ». C’est l’un des surnoms de Vénus. Cela fait directement référence aux reflets irisés des ailes du mâle, qui changent de couleur selon l’angle de la lumière, trompant ainsi le regard.

L’épithète spécifique ilia fait référence à Rhéa Silvia (aussi appelée Ilia), une vestale de la mythologie romaine, mère des jumeaux Romulus et Rémus. Rhea Sylvia était une fille de Enée, prince de Troie (Ilion en grec)

Position taxonomique :

  • Famille : Nymphalidae (Rafinesque,1815)
  • Sous Famille : Apaturinae (Boisduval,1840)
  • Genre : Apatura (Fabricius,1807)

Noms vernaculaires :

En français, il est appelé Petit Mars changeant (pour le différencier du Grand Mars changeant). En anglais, il porte le nom de Lesser Purple Emperor, le petit empereur pourpre. En allemand, il est connu sous le nom de Kleiner Schillerfalter.

Comment le reconnaître

L’adulte

  • Envergure : 60 à 70 mm

  • La face supérieure des ailes est brun sombre, ornée chez le mâle de reflets bleu-violet métalliques. On y observe une bande postdiscale claire sur les ailes postérieures, ainsi que plusieurs taches claires sur les ailes antérieures. Ces motifs clairs varient selon les formes : ils sont blancs sur les papillons de la forme nominale Ilia et fauve clair chez la forme Clytie. Dans les deux cas, l’aile antérieure présente également un ocelle orangé.

Petit Mars changeant - Imago
Adulte
Petit Mars changeant - chenille
Chenille

La Chenille

  • Longueur : jusqu’à 50 mm

  • La chenille du Petit Mars changeant est très singulière. Elle ne ressemble pas du tout à une chenille classique de lépidoptère, mais plutôt à une petite limace verte en raison de ses cornes céphaliques.

Confusions

Il existe un grand risque de confusion entre le Petit Mars changeant (pour la forme Ilia, à taches blanches) et le Grand Mars changeant (Iris) surtout en vol. L’élément de détermination le plus sûr entre Ilia et Iris est que ce dernier possède sur la bande blanche des postérieures,une pointe transversale en direction du bord externe, cette pointe blanche n’étant jamais présente chez Ilia.

Description

Habitat

Le Petit mars changeant ne prospère que dans des bois à bonne naturalité, des forêts ou des lisières de clairières intérieures.

C’est une espèce mésophile à mésohygrophile (elle affectionne les températures modérées) des milieux boisés, assez ouverts, présentant une végétation arbustive ensoleillée : lisières, coupes de régénération et chemins attenants, bords de cours d’eau et d’étangs ou de lacs, bois des plateaux calcaires et friches associées. Elle peut être observée jusqu’à 1500 mètres d’altitude mais est plus abondante en dessous de 800 mètres.

Répartition

Le Petit Mars changeant est présent sur la majeure partie de l’Europe et de l’Asie, jusqu’au Japon. Cependant il est absent des îles méditerranéennes européennes et des régions les plus au sud, de la majorité de l’Espagne et du Portugal, du sud de l’Italie et de la Grèce, comme des pays nordiques (Danemark, Norvège, Pologne, nord de l’Allemagne). Sa présence a toutefois été constatée en Suède depuis le printemps 2019.

Le Petit mars changeant est présent dans tous les départements de France métropolitaine excepté la Corse et les deux départements bretons du Finistère et des Côtes-d’Armor.

On le retrouve dans les massifs forestiers du département de la Loire-Atlantique (comme la forêt du Gâvre) et dans les vallées boisées et humides (bords de l’Erdre, de la Loire, de la Sèvre Nantaise). Ses populations dépendent étroitement de la préservation des zones humides et des saulaies/peupleraies sauvages.

Comportement

Le Petit Mars changeant est connu pour sa capacité à changer de couleur en fonction de la lumière et de l’orientation.

Les femelles sont peu actives et rarement visibles. Elles auront plus de chance d’être aperçues en fin d’après-midi lorsqu’elle viendront butiner les fleurs de buissons forestiers.

Les mâles descendent se désaltérer sur les flaques boueuses des sentiers, les plages envasées des rivières, les talus des gravières, et sont très attirés par les sources ammoniaquées (sueur, déjections animales, cadavres des petits mammifères et de mollusques…). Ils peuvent alors se rassembler en nombre sur quelques mètres, toujours en plein soleil. Dérangés, ils se réfugient à trois ou quatre mètres du sol, à l’extrémité d’un rameau, puis au bout de quelques minutes d’observation, redescendent en planant se poser au même endroit.

Plantes hôtes

Les chenilles se nourrissent principalement des feuilles de Peupliers (notamment le Tremble Populus tremula et le Peuplier noir Populus nigra) ainsi que de différents Saules (comme le Saule marsault Salix caprea ou le Saule pourpre Salix purpurea).

Période de vol

Il y a deux générations par an (mai-juin et août-septembre) dans le sud de l’aire de répartition, mais une seule (juin-juillet) dans le nord. Elle se montre de plus en plus tôt (en moyenne avec quinze jours d’avance sur les éclosions des années 1980).

Statut et menaces

Menaces sur son Biotope : Certaines de ses plantes hôtes sont en régression au profit de clones de peupliers industriels cultivés en peupleraies plus exposées au vent, à la lumière et à la déshydratation que les forêts naturelles. Ces milieux sont également de plus en plus écologiquement fragmentés ou insularisés. Localement au moins, l’espèce pourrait être vulnérable au recul des peupliers « sauvages » autochtones et à l’intensification de la sylviculture (mise en culture, drainage, exploitation industrielle…), ainsi qu’aux modifications climatiques locales et globales).

La sauvegarde et le maintien du Petit Mars changeant passent par une gestion appropriée des ripisylves et des lisières forestières.

Le saviez-vous ?

Le Petit mars changeant n’est pas protégé au niveau européen mais il l’est dans certains pays où il figure sur liste rouge en Autriche, en Allemagne (Bade-Wurtemberg et en Saxe) ainsi qu’en Suisse où des mesures de gestion sont absolument nécessaires.

Les magnifiques reflets violets du mâle ne sont pas dus à des pigments colorés, mais à une illusion d’optique ! C’est ce qu’on appelle une couleur structurale. Les écailles de ses ailes possèdent une microstructure microscopique qui diffracte et réfléchit la lumière d’une manière bien précise. Si vous changez d’angle de vue ou si le papillon est à l’ombre, le violet disparaît instantanément pour laisser place à un brun sombre et terne, idéal pour se camoufler face aux prédateurs !

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