Cercopis vulnerata (Rossi, 1807)

Le nom de Genre Cercopis vient du grec Kerkôpê, qui fait référence aux Kerkopes (les Cercopes), des créatures espiègles et voleuses de la mythologie grecque métamorphosées par Zeus en singes. En entomologie, cela évoque la physionomie de la tête de l’insecte ou son agilité légendaire.

L’épithète spécifique vulnerata vient du latin vulneratus (blessé, ensanglanté). C’est un clin d’œil direct aux taches rouge vif qui tranchent sur ses élytres sombres, évoquant des gouttes de sang.

Position taxonomique :

  • Ordre : Hémiptères – Hemiptera (Linnaeus, 1758)
  • Famille : Cercopidés – Cercopidae (Leach, 1815)
  • Genre : Cercope – Cercopis (Fabricius, 1775)

Noms vernaculaires

  • Cercope sanguin
  • Cercope rouge sang
  • Cigale rouge et noire
  • Cicadelle rouge et noire

Comment le reconnaître

Le Cercope sanguin mesure entre 9 et 11 mm. Il possède un corps trapu et robuste, entièrement noir brillant, sur lequel se détachent trois taches rouge vif bien distinctes sur chaque aile antérieure :

  • Une tache basale allongée (près du thorax).
  • Une tache médiane transversale.
  • Une tache apicale fortement arquée en forme de croissant ou de « U » à l’extrémité arrière de l’aile.

Ses pattes sont entièrement noires et ses ailes postérieures, invisibles au repos, sont membraneuses et transparentes. C’est un sauteur hors pair grâce à ses pattes postérieures extensibles.

Confusions

Deux autres espèces, appartenant au Genre Cercopis, partagent ses couleurs et méritent une attention particulière :

  • Le Cercope intermédiaire (Cercopis intermedia) : Chez lui, les pattes (notamment les genoux et les fémurs) portent souvent des marques rouges, et la tache rouge postérieure est beaucoup moins arquée (presque droite).
  • Le Cercope sanguinolent (Cercopis sanguinolenta) : Plus rare et localisé (Sud et Est de la France), sa dernière bande rouge près de la pointe des ailes est également presque droite et non en forme de « U ».

Le piège classique : Ne pas le confondre avec le Gendarme (Pyrrhocoris apterus), qui est une vraie punaise au corps aplati, ni avec certains coléoptères comme le Clairon des ruches (Trichodes alvearius). Le cercope a toujours les ailes disposées en « toit » au-dessus du corps.

Description

Habitat

Le Cercope sanguin affectionne les milieux ouverts, ensoleillés et légèrement humides. On le rencontre fréquemment dans les prairies non fauchées, les friches, les lisières de forêts, les clairières, ainsi que dans les jardins sauvages, les hautes herbes et les pelouses denses.

Répartition

L’espèce est largement répandue à travers toute l’Europe (centrale et méridionale). Il s’agit du cercope le plus commun et le plus abondant en France continentale.

En Loire-Atlantique, donc au Pallet, le Cercope sanguin est favorisé par les haies bocagères, les jardins cultivés en permaculture et les zones humides locales.

Comportement

Le Cercope sanguin passe une grande partie de ses journées immobile sur les tiges à pomper la sève des plantes. S’il se sent menacé, il utilise la détente spectaculaire de ses pattes arrière pour effectuer un saut brusque de plusieurs dizaines de centimètres, souvent suivi d’un vol court pour s’éloigner.

Il pratique également l’autohémorrhée : en cas de stress intense provoqué par un prédateur, il peut émettre un liquide jaunâtre et toxique par les articulations de ses pattes pour se défendre.

Reproduction

Après l’accouplement au printemps, la femelle du Cercope sanguin pond ses œufs au niveau du collet des plantes ou directement dans le sol. À l’éclosion, les larves s’enfouissent légèrement ou restent au ras du sol. Pour se protéger du dessèchement et des prédateurs, la larve sécrète un amas d’écume blanche très dense dans lequel elle vit et se nourrit en suçant la sève des racines.

Plantes hôtes

Les adultes sont polyphages et se nourrissent sur diverses plantes herbacées (graminées, orties, ronces, petite oseille). Les larves développent leur nid d’écume sur les racines de diverses plantes de la Famille des Poaceae (graminées) ou des Fabaceae (légumineuses).

Période de vol

L’adulte s’observe principalement de la mi-avril à la fin juillet, avec un pic d’abondance très marqué en mai et juin. L’espèce ne produit qu’une seule génération par an (monovoltine) et passe l’hiver sous forme de larve ou d’œuf.

Statut et menaces

Sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) ainsi que dans les inventaires de l’INPN, le Cercope sanguin possède le statut de Préoccupation mineure (LC).

C’est un insecte très commun, aux populations stables à l’échelle nationale. Il n’est soumis à aucune mesure de protection réglementaire. Sa présence en nombre dans ton jardin témoigne d’ailleurs simplement d’un milieu vivant et propice à son cycle.

Bien qu’il ne soit pas en danger d’extinction, le Cercope sanguin subit les contrecoups de certaines pratiques humaines et évolutions climatiques, en particulier au niveau local :

  • Le broyage et la fauche tardive ou systématique : C’est la menace principale pour l’adulte. Le cercope a impérativement besoin des herbes hautes au printemps pour s’alimenter, s’accoupler et se reposer. Une tonte rase ou une fauche intensive des talus en mai/juin détruit instantanément son habitat et ses sources de nourriture.
  • Le travail mécanique du sol : Les larves passent de longs mois au ras du sol ou légèrement enterrées au niveau des racines des graminées. Le labour, le motoculteur ou le tassement répété de la terre détruisent leurs nids d’écume protecteurs et les tuent.
  • L’usage des pesticides : Comme tous les insectes suceurs de sève, il est directement impacté par les traitements insecticides systémiques appliqués dans les jardins ou les cultures avoisinantes.
  • Le changement climatique et les sécheresses : La larve dépend entièrement de son humidité interne pour fabriquer son « crachat de coucou ». Des printemps anormalement secs et chauds peuvent dessécher cette écume protectrice avant que la larve n’atteigne sa maturité, la laissant à la merci des prédateurs (comme les fourmis) et de la déshydratation.

Le saviez vous ?

L’amas de bave produit par la larve du cercope est communément appelé « crachat de coucou ». Ce fluide visqueux est en réalité un savant mélange de sève digérée et d’air insufflé par l’anus de la larve ! Cette bulle protectrice thermique et mécanique isole parfaitement le jeune insecte des variations de température et des attaques des fourmis.

En vidéo

Contributions

Dominique Sécher. Photos prises au Pallet.

Crédits

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