Araschnia levana (Linnaeus, 1758)
Le nom de Genre Araschnia vient du grec arachnê (araignée), faisant référence aux motifs en réseau de lignes blanches au verso des ailes, qui évoquent une toile d’araignée.
Le nom d’espèce levana fait référence à Levana, la déesse romaine qui protégeait les nouveau-nés, peut-être en écho aux métamorphoses successives et au renouveau du papillon.
Position taxonomique :
- Famille : Nymphalidés – Nymphalidae (Rafinesque, 1815)
- Sous-Famille : Nymphalinés – Nymphalinae (Rafinesque, 1815)
- Genre : Araschnia (Hübner, 1819)
Noms vernaculaires :
En français, il est appelé La Carte géographique. En anglais, on le nomme Map butterfly, et en allemand Landkärtchen. Tous ces noms font directement écho aux motifs de ses ailes.
Comment le reconnaître
La Carte géographique est un papillon de taille moyenne (40 à 52 mm d’envergure) unique par son dimorphisme saisonnier :
- Génération printanière (forme levana) : Le dessus des ailes est fauve orangé parsemé de taches noires et de points blancs, rappelant un petit damier.
- Génération estivale (forme prorsa) : Le dessus est noir profond, traversé par une large bande blanche et de fines lignes marginales rousses. On croirait une tout autre espèce (un mini Sylvain) !
- Le point commun (critère absolu) : Le verso des ailes est identique pour les deux générations. Il présente un réseau complexe de lignes violacées, brunes et blanches qui dessine une véritable carte routière ou géographique.
- Pour chaque génération, mâle et femelle sont identiques bien que la femelle soit plus grande
La chenille : Mesurant 20 mm de long, elle est de couleur noir mat ou brun foncé, parfois finement ponctuée de blanc. Son corps est entièrement hérissé d’épines ramifiées (les scoli), typiques de sa sous-Famille. Sa tête est noire et porte deux petites cornes épineuses distinctives au sommet. On la trouve généralement en groupes sur les orties.
Les œufs : Ils sont impossibles à confondre. La femelle les pond suspendus sous les feuilles d’ortie, collés les uns aux autres pour former de petites chaînettes verticales (de 5 à 15 œufs) qui pendent comme de minuscules colliers de perles vertes.
Confusions
La forme printanière (levana) peut être confondue avec les Damiers ou les Mélitées, mais le motif réticulé du verso des ailes de la Carte géographique permet de trancher immédiatement.
La forme estivale (prorsa) ressemble à s’y méprendre au Petit Sylvain (Limenitis camilla), mais la Carte géographique est nettement plus petite et possède toujours ce revers d’aile en « carte de géographie ».
Sur les orties, la chenille noire et épineuse de la Carte géographique peut être confondue avec trois de ses cousines, mais plusieurs détails permettent de les distinguer :
- Le Paon du jour (Aglais io) : Sa chenille est également noire et très épineuse, mais elle est parsemée de nombreux points blancs très visibles (aspect « floconneux »).
- Le Vulcain (Vanessa atalanta) : Bien que parfois noire et épineuse, la chenille du Vulcain présente souvent une ligne latérale jaunâtre segmentée.
- La Petite Tortue (Aglais urticae) : Sa chenille est noire mais striée longitudinalement de deux bandes jaunes ou vertes, ce qui n’est jamais le cas chez la Carte géographique.
Le critère absolu pour la chenille : Si vous regardez sa tête de face (à la loupe), la chenille de la Carte géographique est la seule à porter deux petites cornes épineuses bien nettes sur le sommet du crâne, lui donnant un profil de « petit diable ». Ses cousines ont la tête totalement arrondie.
Description
Habitat
La Carte géographique affectionne les milieux semi-ombragés, humides et frais. On la trouve couramment dans les prairies, lisières de bois, allées forestières, clairières, berges de rivières ou d’étangs où la plante hôte pousse en abondance. On la rencontre aussi dans les haies bocagères et les friches.
Répartition
La Carte géographique est répandue en Eurasie tempéré. Elle est commune dans une grande partie de l’Europe centrale et septentrionale, en expansion vers le nord.
L’espèce est présente dans presque toute la France (exception faite de la Provence-Alpes-Côte d’Azur et de Corse) et est en forte progression vers l’ouest.
C’est un papillon bien implanté et régulièrement observé dans le département, notamment dans le réseau bocager et les forêts (comme la forêt de Gâvre). On le trouve communément au Pallet.
Comportement
Le comportement territorial est très marqué avec une surveillance en vol plané et de brusques accélérations à la poursuite d’un intrus.
La Carte géographique est l’unique espèce d’Europe qui présente deux générations de couleurs très différentes (dessus des ailes orange au printemps et noir en été) conditionnées par la température pendant laquelle se forme le papillon à l’intérieur de la chrysalide. Il existe une forme automnale porima, plus rare, d’aspect intermédiaire, noir à bandes fauves.
Reproduction
La Carte géographique produit généralement deux générations par an (parfois une troisième partielle en automne si le climat le permet). La femelle pond ses œufs sous les feuilles de la plante hôte. Chose remarquable : les œufs sont pondus en petites chaînettes verticales (empilés les uns sur les autres), imitant les inflorescences de la plante ou des petites crottes de chenilles pour tromper les prédateurs. Les chenilles, noires et épineuses, vivent d’abord de manière grégaire.
Plantes hôtes
La plante hôte (quasi) exclusive est la Grande Ortie (Urtica dioica), de préférence celle qui pousse dans des zones fraîches et à mi-ombre.
Période de vol
Les périodes de vol vont de fin mars à mai, puis mi-juin à septembre, en deux générations successives (moins nombreux à la première génération).
Au nord de la Méditerranée, une troisième émergence se produit en septembre (notamment dans le Sud-Ouest de la France, ou dans le Nord les années très chaud
Le saviez-vous ?
C’est une curiosité, ce papillon existe sous deux formes de colorations différentes qui correspondent aux deux générations qui se succèdent, l’une printanière et l’autre estivale. Il existe une forme automnale « porima LINNÉ », noire à bandes fauves, plus rare, d’aspect intermédiaire.
Ce n’est pas la température qui décide si la Carte géographique sera orange ou noir, mais la durée du jour (la photopériode) subie par la chenille ! Si la chenille grandit au printemps avec des jours longs (plus de 14 heures de lumière), elle se métamorphosera en papillon noir d’été (prorsa). En revanche, si la chenille subit les jours courts de la fin de l’été, la chrysalide entre en diapause pour passer l’hiver et donnera le papillon orange au printemps suivant (levana). Un vrai laboratoire biologique à ciel ouvert !
En vidéo
Crédits
- Rédaction : Isabelle Lechat, Philippe Favreau, Dominique Sécher
- Photo d’entête : Image par Markéta Klimešová de Pixabay
- Photos pour le reconnaître : Erik Karits de Pixabay
- Verso des ailes : Markéta Klimešová de Pixabay
- Photo chenille pour le reconnaitre : Gilles San Martin — CC BY-SA 2.0
- Vidéo : YouTube, Vision turquoise
- Caractéristiques :
- Les carnets nature de Jessica
- wikipedia.org
- inpn.mnhn.fr

Bonjour !
Très intéressante cette espèce avec ses deux ou trois versions !
Ce mois-ci j’ai beaucoup aimé la sélection des papillons avec des noms très drôles : Carte géographique, Petit Sylvain, Petit Mars changeant 😉
à la prochaine,
Catherine S.