Erodium cicutarium (L.) L'Hér., 1789
Basionyme : Geranium cicutarium L., 1753
Le nom de Genre Erodium est issu du grec erôdios qui désigne le « héron ». Cela fait directement référence à la forme allongée et pointue du fruit mûr, qui rappelle le bec de cet échassier.
L’épithète spécifique cicutarium dérive du latin cicuta (« ciguë »), en raison du découpage fin de son feuillage penné qui évoque la silhouette des feuilles de ciguë. D’où le nom français « à feuilles de ciguë ».
Position taxonomique :
- Ordre : Geraniales (Juss. ex Bercht. & J.Presl, 1820)
- Famille : Géraniacées – Geraniaceae (Juss., 1789) [nom. cons.]
- Genre : Erodium (L’Hér. ex Aiton, 1789)
Noms vernaculaires
- Bec-de-grue commun
- Bec-de-grue à feuilles de ciguë
- Érodium commun
- Érodium à feuilles de ciguë
- Cicutaire
- Petit Bec-de-cigogne
Comment le reconnaître
Port et tige : Plante herbacée annuelle ou bisannuelle de 5 à 40 cm. Les tiges sont velues, souvent rougeâtres, prostrées (étalées au sol) puis ascendantes.
Feuilles : Disposées en rosette basale puis alternes sur la tige. Elles sont pennatiséquées (découpées jusqu’à la nervure en plusieurs segments eux-mêmes incisés), évoquant des plumes ou des feuilles de fougère.
Fleurs : Petites (10 à 15 mm de diamètre), rassemblées en ombelles pauciflores (2 à 8 fleurs par pédoncule). Elles comptent 5 pétales roses à pourprés (parfois blancs), libres, légèrement inégaux.
Fruits : Le fruit caractéristique est un schizocarpe surmonté d’un long « bec » (2 à 4 cm). À maturité, il se sépare en 5 mericarpes munis d’une arête hélicoïdale (qui se tord en spirale en séchant).
Confusions
Avec les Geraniums sauvages (ex. Geranium molle, Geranium dissectum) : Les feuilles d’Érodium sont pennées (découpage le long d’un axe central), alors que les feuilles de Géraniums sont palmées (découpage en éventail depuis un point central). De plus, les fleurs d’Érodium ont 5 étamines fertiles contre 10 chez les Géraniums.
Avec d’autres Érodiums (Erodium moschatum, Erodium lebelii) : E. moschatum se distingue par ses folioles plus larges, ses glands odorants (odeur de musc) et ses arêtes plus longues. Sur le littoral, la sous-espèce ou variété arenarium présente des formes plus compactes adaptées aux dunes.
Description
Habitat
L’Erodium à feuilles de ciguë est une espèce pionnière et héliophile (recherchant le soleil). Elle affectionne :
- Les sols sablonneux, légers ou filtrants.
- Les pelouses arides, friches, bords de chemins, zones rocailleuses et dunes littorales.
- Les milieux anthropisés bien drainés : inter-pavés, pieds de murs, cultures et friches urbaines.
Répartition
- L’Erodium à feuilles de ciguë est très commune à l’échelle du continent européen. Originaire du bassin méditerranéen et d’Eurasie, elle est aujourd’hui subcosmopolite.
- En France, elle est présente sur la quasi-totalité du territoire métropolitain, de la plaine jusqu’à environ 1 000 mètres d’altitude.
- En Loire-Atlantique, elle est très abondante sur l’ensemble du département, que ce soit sur la frange littorale (dunes et pelouses aérohalines) ou dans l’arrière-pays (bords de champs, pelouses sablonneuses du vignoble et zones urbanisées).
Utilisation
Usage médicinal traditionnel : Riche en tanins, en flavonoïdes et en acides organiques, la plante était autrefois employée en décoction pour ses propriétés astringentes, hémostatiques et diurétiques.
Comestibilité : Les jeunes pousses avant floraison sont comestibles crues en salade ou cuites comme des épinards, bien qu’elles deviennent rapidement coriaces et chargées en fibres.
Toxicité : Aucune toxicité notable connue pour l’humain à dose normale.
Une ressource pour la Faune locale
Plante hôte de chenilles : Erodium cicutarium est la plante nourricière exclusive ou principale de plusieurs papillons de nuit et de jour :
- Le Collier-de-corail (Aricia agestis) : Sa chenille se nourrit préférentiellement des feuilles de cette espèce (ainsi que de l’Hélianthème) sur les sols secs et ensoleillés.
- L’Argus de l’Hélianthème (Aricia artaxerxes) : Également hôte secondaire selon les régions.
- L’Hespérie de la Passe-Rose / de la Mauve (Carcharodus alceae) : Peut occasionnellement consommer des Géraniacées.
Nectar et pollen : Sa floraison précoce et prolongée (de mars à septembre) offre un apport continu en pollen et nectar pour les petites abeilles sauvages (halictes, andrènes) et les syrphes.
Menaces
Statut de conservation : Classée en Préoccupation mineure (LC) aussi bien à l’échelle nationale qu’au niveau régional en Pays de la Loire.
Menaces : Espèce très vigoureuse qui ne présente aucune menace globale d’extinction. Elle subit toutefois la fermeture des milieux ouverts, l’imperméabilisation excessive des sols urbains et l’usage d’herbicides en zones agricoles/urbaines.
Le saviez-vous ?
Un système de semence automotrice !
Le fruit du Bec-de-grue est une merveille d’ingénierie végétale. Lorsque la graine sèche, l’arête attachée au fruit se tord en ressort hélicoïdal sous l’effet des variations d’humidité. Dès qu’il pleut ou que la rosée tombe, le ressort se détend et se détord, faisant tourner la graine sur elle-même. Ce mouvement agit comme une véritable vrille mécanique, vissant littéralement la graine directement dans le sol !
En vidéo
Crédits
Rédaction : Dominique Sécher.
Photos :
- Entête : WikimediaImages de Pixabay
- Fleur 1 : Emmanuel Stratmains [CC BY-SA 2.0 FR], via Tela Botanica
- Fleur 2 : Liliane Roubaudi [CC BY-SA 2.0 FR], via Tela Botanica
- Feuilles 1 : Paul Fabre [CC BY-SA 2.0 FR], via Tela Botanica
- Feuilles 2 et Port : Yoan Martin [CC BY-SA 2.0 FR], via Tela Botanica
- Fruit : Emmanuel Stratmains [CC BY-SA 2.0 FR], via Tela Botanica
Principales sources d’informations :
