Aegosoma scabricorne (Scopoli, 1763)
Le nom de Genre Aegosoma vient du grec aix (chèvre) et soma (corps), faisant référence à l’allure cornue évoquant une chèvre.
L’épithète spécifique scabricorne est issu du latin scaber (rude, raboteux) et cornu (corne/antenne), décrivant la texture granuleuse et très râpeuse de la base des antennes du mâle.
Position taxonomique :
- Famille : Cérambycidés – Cerambycidae (Latreille, 1802)
- Sous-Famille : Prioninés – Prioninae (Latreille, 1802)
- Genre : Aégosome – Aegosoma (Serville, 1832)
Noms vernaculaires :
- Aégosome scabricorne
- Prione ermite
- Aégosome raboteux
- Aégosome à antennes rugueuses
- Aégosome à antennes rudes
Comment le reconnaître
Longueur totale : 30 à 50 mm. C’est l’un des plus grands coléoptères d’Europe.
- Couleur : Livrée uniforme brun-roux à châtain, couverte d’une fine pubescence jaunâtre.
- Tête : rétrécie derrière les yeux, dernier article des palpes tronqué.
- Antennes : Très longues (dépassant l’apex des élytres chez le mâle). Chez le mâle, les premiers articles sont particulièrement épais, sculptés et rugueux.
- pronotum : Étroit, resserré vers l’avant, bordé de légères épines sur les côtés.
- Élytres : Étroits, parallèles, présentant de fins reliefs longitudinaux peu marqués.
Confusions
Prionus coriarius (Le Prione tanneur) : De couleur plus sombre (brun noir), le Prione tanneur possède un pronotum bordé de trois fortes dents acérées de chaque côté et des antennes très dentées/sciées chez le mâle.
Ergates faber (Le Prione forgeur) : Nettement plus massif, associé quasi exclusivement aux résineux, avec un thorax très bordé d’épines.
Description
Habitat
L’Aegosome scabricorne est une espèce saproxylique liée aux vieux feuillus. On le rencontre dans les forêts caducifoliées anciennes, les parcs historiques, les alignements d’arbres sénescents, les bocages préservés et les bords de cours d’eau richement boisés.
Répartition
Europe : Présent dans le centre et le sud, s’étendant vers le Proche-Orient et le Caucase.
En France, il est largement réparti dans la moitié sud et le centre, devenant plus localisé au nord, mais présent dans la majorité des départements disposant de vieux arbres feuillus.
- Présent majoritairement dans le sud-Est du département de Loire-Atlantique dont notre commune où il a été observé au moins 2 fois cette année 2026.
Comportement
L’Aegosome scabricorne adulte est strictement crépusculaire et nocturne. Pendant la journée, il reste dissimulé dans les cavités de troncs, sous les écorces ou au cœur du bois décomposé. Il vole de nuit avec une allure lourde et bruyante, et se montre parfois attiré par les pièges lumineux ou les éclairages publics. Les adultes ne s’alimentent pratiquement pas et consacrent leur courte vie à la reproduction.
Reproduction
La femelle de l’Aegosome scabricorne pond ses œufs dans les fissures, les plaies de taille ou le bois altéré d’arbres affaiblis ou morts. Le caractère fusiforme de ces oeufs font qu’ils sont littéralement « plantés » dans les interstices des arbres ciblés. Les larves, xylophages et très massives, creusent de profondes galeries dans le bois décomposé ou attaqué par des champignons lignivores. Elles atteignent une taille respectable de 5 à 6 cm. La durée du développement larvaire s’étale sur 2 à 3 ans avant la pupaison. La larve aménage alors une cavité ainsi qu’une galerie de sortie pour l’adulte qui lui n’est pas xylophage. Cette galerie est juste colmatée d’un bouchon de fibres compactées que l’adulte devra libérer.
Plantes hôtes
Aegosoma scabricorne est très polyphage sur feuillus, avec une nette préférence pour :
- Hêtre commun (Fagus sylvatica)
- Peupliers (Populus) et Saules (Salix)
- Marronniers (Aesculus) et Tilleuls (Tilia)
- Chênes (Quercus) et Platanes (Platanus)
Période de vol
Les adultes s’observent principalement au cœur de l’été, de juillet à septembre, avec un pic d’activité marqué fin juillet et début août, ce qui est plutôt tardif pour un xylophage.
Statut et menaces
L’Aégosome scabricorne bénéficie d’un statut de préoccupation mineure (LC) dans plusieurs régions d’Europe, mais reste classé comme quasi menacé (NT) ou vulnérable (VU) dans certaines listes rouges régionales du nord de sa répartition.
Principales menaces : La disparition des arbres séculaires, l’abattage systématique des vieux feuillus cavitaires ou malades, la gestion forestière trop intensive qui élimine le bois mort/décomposé, ainsi que l’élagage draconien des alignements d’arbres en milieu urbain et bocager.
Le saviez-vous ?
Malgré sa taille spectaculaire pouvant approcher les 6 centimètres, l’Aégosome scabricorne adulte ne vit que 2 à 4 semaines. Il passe ainsi plus de 95 % de son existence sous forme de larve, caché au cœur des troncs centenaires qu’il contribue à recycler.
Crédits
- Rédaction : Dominique Sécher
- Photo d’entête : Fritz Geller-Grimm – Own work, CC BY-SA 3.0
- Photo mâle : Chrystèle Poinson
- Photo femelle : Philippe Favreau
- Vidéo : Eyesonsky
- Description:
