Sus scrofa (Linnaeus, 1758)
Le nom de Genre Sus provient directement du latin sus, qui désigne le porc ou le cochon.
L’épithète spécifique scrofa signifie « truie » en latin classique. L’assemblage désigne ainsi le suidé sauvage par excellence.
Position taxonomique :
- Ordre : Artiodactyles – Artiodactyla (Owen, 1848)
- Famille : Suidés – Suidae (Gray, 1821)
- Genre : Sus (Linnaeus, 1758)
Noms vernaculaires
- Sanglier d’Europe
- Sanglier commun
- Sanglier
- Cochon
- Porc
- Laie (femelle)
- Marcassin (jeune)
- Ragaudin ou Solitaire (vieux mâle).
Comment le reconnaître
- Morphologie : Corps massif et trapu, comprimé latéralement, se terminant par une tête imposante en forme de coin (le boutoir).
- Pelage : De brun foncé à noir, composé de jarres rudes et d’un duvet dense. Les marcassins possèdent une livrée rayée de marron et de crème jusqu’à 6 mois, puis deviennent « bêtes rousses ».
- Détails : Présence chez le mâle de canines développées à croissance continue : les grès (canines supérieures) et les défenses (canines inférieures).
Caractéristiques
- Taille : 1,10 m à 1,80 m de longueur ; hauteur au tourillon de 60 cm à 1 m.
- Poids : 60 à 100 kg pour les femelles ; 80 à 150 kg (parfois plus) pour les mâles.
- Longévité : 10 à 15 ans à l’état sauvage.
Comment l’observer
Le sanglier est principalement nocturne et crépusculaire. Cherchez ses indices de présence :
- Boutures ou vermillures : Sols retournés en forêt ou en lisière à la recherche de nourriture.
- Souilles : Mares de boue où il se roule pour débarrasser son pelage des parasites et réguler sa température.
- Frottoirs : Tronc d’arbres écorcés et maculés de boue ou de poils à hauteur de flanc.
Description
Habitat
Le Sanglier d’Europe affectionne les grands massifs forestiers feuillus ou mixtes offrant ombre et nourriture (chênaies, hêtraies), mais fréquente assidûment les zones humides, les agrosystèmes (cultures de maïs, céréales) et s’approche désormais des zones périurbaines.
Répartition
- Mondiale : Présent dans toute l’Eurasie et l’Afrique du Nord ; introduit en Amérique et en Océanie.
- Nationale : Présent sur l’ensemble du territoire français métropolitain.
- Régionale & Locale : Très abondant en Pays de la Loire et bien implanté dans le vignoble nantais comme au Pallet, profitant du mosaïquage des boisements, des ripisylves et des cultures.
Comportement
Le sanglier est essentiellement nocturne (une évolution peut-être due à la présence de l’Homme). Il est plutôt sédentaire et apparemment attaché à son territoire quand il est entouré d’obstacles, mais dans un milieu qui lui convient, il peut parcourir plusieurs dizaines de kilomètres dans la nuit et son aire vitale peut atteindre de 100 hectares à plus de 1 000 ha. Il sélectionne ses habitats selon la saison, l’heure du jour ou de la nuit et ses besoins alimentaires.
Les sangliers sont grégaires. Ils forment des troupes (ou bandes) appelées hardes ou compagnies et dont la taille varie selon le lieu et la saison. Une harde (ou compagnie) compte d’ordinaire de six à vingt individus, quoique des troupes (ou bandes) de plus de cent individus aient déjà été observées. L’unité de base est un noyau composé d’une ou plusieurs laies et leurs dernières portées de marcassins.
Les ragots (sangliers de 2 à 4 ans) ferment la marche lors des déplacements, mais sont remplacés par des mâles plus âgés en période de rut. Les cortèges sont souvent bruyants, non seulement par le bruit lourd des pas, mais aussi par les grognements, cris, soufflements et autres reniflements. Cependant, les sangliers savent se montrer discrets et silencieux s’ils se sentent menacés.
Ecologie
Le sanglier remplit des fonctions complexes et importantes au sein des écosystèmes qu’il fréquente.
En retournant les sols forestiers (bioturbation), il les aère et parfois les décolmate ; avec des effets plutôt positifs ou plutôt négatifs selon les cas. Selon un suivi expérimental de 2 ans, il ne semble pas affecter la texture, le pH et le taux d’azote ou de matière organique du sol qu’il retourne, mais il a un effet sur le taux de potassium et de magnésium, sur l’activité microbienne et l’abondance d’arthropodes saprophages et de prédateurs qui diminuent dans les sols qu’il a retournés. Son exclusion n’améliore pas le sol qui voit alors son activité microbienne diminuer, de même que sa teneur en carbone organique et en azote total, peut être grâce à ses apports en urine et excréments;
En recherchant tubercules et champignons, il en diffuse aussi les spores, dont ceux des truffes et en particulier la truffe Elaphomyces granulatus (tout comme l’écureuil et quelques micromammifères fouisseurs consommant également ce champignon dont la fructification est totalement souterraine). Or ce champignon joue un rôle important dans la structure des sols et en matière de mycorhization.
De plus, quand le sanglier creuse sa souille et s’y roule, et quand il se frotte sur les gros troncs, il se débarrasse de ses parasites, mais il contribue aussi à disperser des spores et diaspores parfois enfouies il y a des décennies voire des siècles, et qui pour certaines ont conservé leurs propriétés germinatives dans la « banque de graines du sol ». Il facilite notamment la dispersion « épizoochorique » de diaspores de plantes vasculaires. Une étude allemande récente (2006) a en effet montré que le nombre moyen de graines viables ainsi que le nombre d’espèces de plantes sont plus élevées dans les échantillons de sol étudiés près des arbres où il se frotte que près des autres arbres. Et certaines espèces ne sont pratiquement trouvées qu’au pied des arbres où il se frotte.
Les sangliers jouent donc un rôle dans la résilience écologique de la forêt après les chablis et incendies ou d’autres perturbations. Un sanglier peut lors de ses déplacements, en quelques heures, transporter et littéralement « semer » des graines jusqu’à des dizaines de kilomètres à la ronde (un sanglier peut parcourir 20 à 30 km en une seule nuit). Ces graines et spores étant entourées de boue et réchauffées au contact de son corps ont plus de chances de germer. De même pour les graines non digérées rejetées avec ses excréments (endozoochorie). Ceci pourrait expliquer certains « patterns » locaux de végétation que la phytosociologie n’explique qu’incomplètement.
En vidéo
Crédits
Photo d’entête : Image par Sorin Tincu de Pixabay
Sources et autres sites :
Vocalisation : Sonothèque du Muséum National d’Histoire naturelle
Vidéo : Raconteuse de nature, Youtube
